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Meurtre de Rémi Fraisse : qui a fait censurer la conférence de presse du procureur d'Albi ?

Lundi 27 octobre 2014, début d’après-midi : les chaines “d’infos” BFMTV et iTélé commencent à annoncer tous les quart d’heure la retransmission en direct de la conférence de presse du procureur d’Albi, prévue à 16 heures. Visiblement, elles s’apprêtent à sortir leur grand jeu, habituel lorsqu’un évènement exceptionnel survient. Au JT de seize heures, sur BFMTV, on a vu le procureur entrer dans la salle, et entendu “restez avec nous, la conférence de presse va commencer dans quelques minutes”. SAUF que la conférence de presse du procureur d’Albi n’a JAMAIS été diffusée, ni sur BFMTV, ni sur iTélé !

De seize heures à 17 heures, RIEN ! Et pourtant, les rédactions parisiennes suivent visiblement la retransmission en direct puisque les deux chaînes affichent quand même quelques extraits choisis des propos du procureur sous l’image de l’enterrement du PDG de Total mort mazouté par sept tonnes de kérosène en flammes, à Moscou. Ni BFMTV ni iTélé n’ont expliqué pourquoi elles ont au tout dernier moment annulé le direct prévu et annoncé ! Que s’est-il passé ? Deux chaînes “d’information” auraient-elles sans se concerter renoncé simultanément, à la toute dernière minute, et sans se concerter, à un direct annoncé depuis le début d’après-midi ? Tsss …

Les récits des témoins présents lors du meurtre de Rémi Fraisse sont accablants [1]. La nuit où Rémi a été tué, il y aurait eu une dizaine de blessés, dont 5 auraient été évacués. D’après le procureur d’Albi, Rémi “a été touché dans le dos par une explosion qui l’a jeté à Terre, et tué sur le coup”. D’après les témoins, des gardes mobiles sont venus chercher Rémi et l’ont trainé : “à la façon dont ils l’ont attrapé, il semblait inerte. […] Environ vingt minutes plus tard, on a vu un gyrophare bleu. Ca semblait être des pompiers. C’était avant quatre heures du matin.”. Selon un autre témoignage, publié sur le site de BFMTV[2], “Rémi était très proche des gendarmes” quand il a été tué. Des témoins l’ont vu recevoir des grenades. Il s’est effondré. Ensuite, il a été tabassé à terre par les gendarmes. Puis ils l’ont traîné”. Ce témoignage est corroboré par une photo publiée par le site Reporterre montrant une flaque de sang[3]. là où Rémi a été tué et les traces au sol du jeune homme traîné par les gendarmes. Selon “le Figaro”, “le corps aurait été découvert par les gendarmes vers deux heures du matin”, qui lui auraient “prodigué les premiers soins”. Selon la préfecture du Tarn, «Les sapeurs-pompiers sont intervenus rapidement mais n’ont pu que constater le décès de la victime»[4]. Les résultats d’autopsie communiqués par le procureur d’Albi semblent indiquer que Rémi a été victime d’un tir dans le dos d’une grenade offensive à l’aide d’un lance-grenade de 56mm (“lance-grenade de type F1”), une arme de guerre qui fait partie de l’arsenal policier depuis 2004, date à laquelle Nicolas Sarkozy a décidé de doter les forces de répression d’armes de guerre incluant lance-grenades et fusils de sniper (cf. décret n° 2011-795 du 30 juin 2011 et article 431-3 du code pénal). Ces armes ont-elles été utilisées dans un cadre prévu par la loi ? C’est peu probable : une note du Directeur central de la sécurité publique du 24 décembre 2004 indique que les DMP (grenades) ne doivent être employés que «dans un cadre d’autodéfense rapprochée et non pour le contrôle d’une foule à distance». De plus, les témoins affirment “qu’à partir de trois heures avant la fin des affrontements, il n’y avait plus de sommations avant les tirs de grenades.», ce qui est illégal puisque la loi impose des “sommations d’usage” strictement précisées par l’article 431-3 du code pénal (Modifié par le Décret n°2011- 794 du 30 juin 2011 - art. 1).

Si les gendarmes ont “prodigué les premiers soins” à Rémi, c’est donc qu’il n’était pas mort sur le coup, ce qui contredit les déclarations du procureur. Si comme l’a dit un témoin les pompiers ne sont intervenus que vingt minutes après que Rémi ait été trainé par les gendarmes, c’est donc qu’ils ne sont pas intervenus si “rapidement” que l’a affirmé la préfecture du Tarn…

On le voit, les circonstances de la mort de Rémi Fraisse sont pour le moins obscures, et le moins que l’on puisse dire c’est que ça sent la bavure ! Sinon, comment expliquer le renoncement inédit, au denier moment, de deux chaines “d’info en continu” à diffuser un direct annoncé à grands roulements de tambours depuis le début de l’après-midi ?

À toutes les interrogations sur les circonstances et les causes de la mort d’un jeune homme qui défendait la nature s’ajoute désormais une autre question : qui a décidé de censurer la conférence de presse d’un procureur de la république ? QUI est intervenu simultanément auprès de BFMTV et iTélé pour empêcher au dernier moment la diffusion d’un direct prévu et annoncé ? Y’a t-il eu des pressions de l’exécutif pour censurer le pouvoir judiciaire et les médias, ou l’État a t-il carrément dévoyé la “procédure évènement grave”, une procédure de censure des médias prévue en cas d’invasion du pays ou de crimes perpétrés dans une caserne ? (cette procédure de censure censée être classée “confidentiel défense” a été évoquée récemment dans un documentaire télévisé consacré à l’explosion de la “maison des têtes à Toulon”.


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Le dindon de la farce

Auteur: Le dindon de la farce

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Commentaires (3)

ThomasC ThomasC ·  29 octobre 2014, 01h45

" De seize heures à 17 heures, RIEN !"
Sauf que j'ai regardé à partir de 15h50 ITélé, et que même si la conférence de presse a commencé en retard, elle a tout de même était diffusée vers 16h20, au moins sur cette chaîne. C'était le bazar sur place, et donc peut-être que BFM n'avait pas terminé de diffuser sa pub quand le procureur a fait sa déclaration d'environ 1 minute. Ce type de retard est très fréquent et les médias "d'info en continu" ont du mal à s'adapter.
Il me semble que du coup l'article perd beaucoup de crédibilité et d'intérêt...
Peut-être que certains préfèreront penser que c'était prémédité et calculé mais je suis à peu près certain que ce n'était pas le cas...

EJ EJ ·  30 octobre 2014, 23h44

(…) nous pouvons démontrer collectivement, par la contre-enquête populaire et des contre-médias auto-organisés que la police assassine régulièrement, que sa violence est systémique, systématique et portée par des structures politiques, économiques et sociales. La police distribue la férocité des classes dominantes.

(…) Comme tous les crimes policiers dans les quartiers, le meurtre de Rémi n’est pas une « bavure », pas un dysfonctionnement, mais bien le produit de mécaniques instituées, de formations rationnelles, de tactiques et de stratégies légitimées et justifiées du haut de l’appareil d’Etat jusque dans les gestes des exécutants policiers, c’est un meurtre d’Etat, prémédité par la mise en oeuvre des structures qui l’ont rendu possible, un assassinat. Mathieu Rigouste - La domination policière, une violence industrielle - Ed. La Fabrique

Mathieu Rigouste : « La mort de Rémi n’est pas une bavure, c’est un meurtre d’État »

Minga Minga ·  24 avril 2015, 00h19

@ThomasC : d’habitude, ce type de conférence de presse est diffusée en direct sur les chaines d’infos en continu, puis des extraits sont rediffusés en boucle pendant des heures. Celà n’a pas été le cas.
Dans le même ordre d’idées, j’ai noté que les soirées électorales sur TF1 étaient bien plus courtes quand c’était la gauche qui gagnait que quand c’était la droite.
Oui, les médias audiovisuels ont une ligne éditoriale, comme les journaux papiers, et la ligne éditoriale des télés est très à droite. Vous voulez une preuve de plus ? Voyez les chiffres du CSA sur les temps de parole donnés au F-Haine.

Une toute autre question est de savoir si la censure de la conférence de presse du procureur d’Albi était ou non préméditée et calculée. Et, là, je pense comme Thomas que ce n’était pas prémédité. La décision de censurer a de toute évidence été prise APRÈS que BFM et iTélé aient envoyé leurs équipes et leurs camions de retransmission par satellite. A moins qu’un surprenant incident technique ait touché en même temps et pile au plus mauvais moment toutes les retransmissions en direct des équipes de toutes les chaines de télé présentes à Albi, il n’y a pas d’autre explication logique que la censure, délibérée. Il y a très probablement eu des coups de fil entre ministères et directeurs de chaines, au minimum, voire une censure organisée selon la procédure prévue par le Ministère de la Défense en cas d’évènements graves.
Quand on sait comment fonctionne l’état de l’intérieur, il n’y a là rien d’étonnant. Le procureur a forcément avisé sa hiérarchie, qui a prévenu le Ministre, de ce qu’il allait dire. C’est donc du plus haut niveau de l’état (au gouvernement) qu’il y a eu interventions sur les médias audiovisuels en direct et/ou sur la Justice. Une fois de plus.

N’oubliez pas qu’à cette date-là, après avoir délibérément dissimulé la vérité sur le meurtre pendant deux jours alors qu’ils savaient, le Général dirigeant la Gendarmerie, le Ministre de l’Intérieur, et le Premier Ministre mentaient encore délibérément sur le nombre et le type de grenades utilisées le jour du crime. La vérité sur ce point n’a été révélée par le gouvernement qu’environ UN MOIS après le crime.

Dans un véritable état de droit, le tueur serait jugé pour homicide, et sa hiérarchie serait jugée pour assassinat. Car si le garde mobile meurtrier n’a très certainement pas prémédité son crime, les individus qui ont doté les forces de l’ordre d’armes de guerre et ceux qui ont donné l’ordre de balancer des centaines de grenades offensives peuvent et doivent légitimement être poursuivis pour assassinat, puisque la préméditation est prouvée par des textes législatifs et règlementaires, et des ordres militaires qui sont autant de pièces à conviction.
Mais la France n’est pas un état de droit, au contraire, c’est un état de droite.

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