Dernière mise à jour 13/11/2018

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Pandémie ? La vérité sur la "Situation actuelle"

Invi­tée jeudi 12 novem­bre au matin sur une radio péri­phé­ri­que, madame Rose­lyne Bache­lot esti­mait qu’elle avait “de la chance de se faire vac­ci­ner” con­tre la grippe A-H1N1. “C’est une chance de se faire vac­ci­ner con­tre cette grippe, parce qu’elle peut être dan­ge­reuse. Il faut donc se faire vac­ci­ner”, avait-elle insisté. 

“Le seuil pan­dé­mi­que est fran­chi, avec 360 000 con­sul­ta­tions par semaine”. Et de ras­su­rer: “Les vac­cins sont abso­lu­ment surs. Ils ont déjà été uti­lisé par 100 000 pro­fes­sion­nels à l’hôpi­tal, soit 20% main­te­nant et ce nom­bre aug­mente de 10 000 cha­que jour.” “Les béné­fi­ces de la vac­ci­na­tion sont immen­ses”, a mar­telé Rose­lyne Bache­lot. (Le 12/11/2009 - 08:36 -  “J’ai de la chance” - JDD) - [mise à jour le 29/11/09 15H00]

La “situa­tion actuelle”

Nous avons recons­ti­tué la cita­tion com­plète : “Le seuil pan­dé­mi­que est fran­chi avec 360 000 con­sul­ta­tions par semaine comme nous l’avons vu la semaine der­nière, le seuil pan­dé­mi­que est atteint. Il est même lar­ge­ment dépassé.” Mar­telé, en effet !

Or, le site offi­ciel de la cam­pa­gne vac­ci­nale le dément for­mel­le­ment. On en veut pour preuve la rubri­que “Situa­tion actuelle” qui affirme bien le con­traire :

Nous som­mes en situa­tion 5A : Trans­mis­sion inte­rhu­maine d’un virus grip­pal dans au moins deux pays non limi­tro­phes d’un même con­ti­nent”.

Il n’y a donc pas “pan­dé­mie” dans la “situa­tion actuelle”. Si nous étions en situa­tion pan­dé­mi­que nous serions offi­ciel­le­ment en situa­tion de niveau 6 comme l’indi­que le tableau offi­ciel visi­ble depuis la page d’accueil du site  “pan­de­mie-grip­pale.gouv.fr”, un tableau qui pré­voit 7 situa­tions dif­fé­ren­tes tra­dui­sant l’évo­lu­tion pos­si­ble de l’acti­vité virale dans le temps, un tableau notons le bien qui est dif­fé­rent d’une échelle gra­duée telle que la bien con­nue échelle de Rich­ter qui mesure l’inten­sité d’un séisme au moment pré­cis où il a lieu.

Sur ce site dont le nom affi­che depuis sa créa­tion une “pan­dé­mie” - comme une pré­dic­tion auto-créa­trice - nous voyons qu’elle n’est pour­tant tou­jours pas d’actua­lité selon les cri­tè­res même de l’Orga­ni­sa­tion Mon­diale de la Santé :

Dans la semaine qui a suivi le lan­ce­ment offi­ciel de la cam­pa­gne vac­ci­nale, du 16 au 22 novem­bre, “quel­que 730 000 per­son­nes ont vu un méde­cin pour la grippe A-H1N1 (…) soit 72% de plus que la pré­cé­dente”, affir­mait hier le JDD (27/11/09) dans un arti­cle qui titrait non plus sur la pan­dé­mie mais… sur l’épi­dé­mie : “Grippe A: L’épi­dé­mie s’accé­lère” !

On sait, comme le tra­duit le tableau offi­ciel, ce que peut vou­loir dire une “exten­sion des cas”, moins ce que peut être une “épi­dé­mie qui s’accé­lère”… comme si un virus savait pren­dre de la vitesse. Qu’importe, ce qu’il faut rete­nir c’est que “730 000 per­son­nes ont vu un méde­cin pour la grippe A-H1N1” quand la même semaine 825 000 [1] per­son­nes con­sul­taient pour une “Infec­tion Res­pi­ra­toire Aiguë” soit le plus sou­vent un gros rhume… et subis­saient une bonne dose de pani­que orga­ni­sée comme il l’est sug­géré dans : “Y’a la télé qu’a dit… ”?

La pan­dé­mie entre com­mu­ni­ca­tion et infor­ma­tion

Quelle est donc la situa­tion actuelle réelle ? Nous avons d’un coté un indi­ca­teur offi­ciel qui nous dit que nous n’avons jamais été en situa­tion de pan­dé­mie, de l’autre un gou­ver­ne­ment qui n’a pas hésité à uti­li­ser un terme plu­tôt qu’un autre en dépit de l’indi­ca­teur lui-même. Etrange situa­tion tout de même de voir sur un site gou­ver­ne­men­tal nommé “pan­de­mie-grip­pale.gouv.fr”, un indi­ca­teur qui n’est jamais monté jusqu’au niveau carac­té­ri­sant pré­ci­sé­ment une situa­tion pan­dé­mi­que (niveau 6).

Nos jour­naux en revan­che ne sem­blent pas vou­loir trop céder au poids des mots car en effet, comme on vient de le voir, ils ont un sens. Mais si une pan­dé­mie n’est pas une épi­dé­mie, une épi­dé­mie “qui s’accé­lère”, si elle reste une épi­dé­mie, pour­rait faire autant sen­sa­tion qu’une pan­dé­mie… qui pour­rait venir… comme le pré­voit la situa­tion 6. Espé­rons qu’il n’en sera rien et pour ne pas res­ter tota­le­ment inac­tif, lavons-nous comme il se doit les mains avec un bon savon de Mar­seille, ça devrait avoir toute son effi­cace !

Nos jour­na­lis­tes auraient donc perçu la dif­fé­rence et en auraient tenu compte. Mais dans quel sens ?… alors que, si nous pre­nons un ins­tant du recul pour regar­der un peu ce qui se passe chez nos voi­sins euro­péens, non seu­le­ment il n’y a pas pan­dé­mie mais l’épi­dé­mie, dans le même temps qu’elle sem­ble met­tre “le pied au plan­cher” ici, elle “ralen­tit” en Bel­gi­que et “baisse” en Angle­terre ! [2] : l’épi­dé­mie comme un cer­tain nuage de 1986 ?

Une grippe en tout cas à laquelle s’est inté­ressé de près, “Phi­lippe Dubiau, chef du ser­vice «situa­tions d’urgence et orga­ni­sa­tion de crise» de l’Ins­ti­tut de radio­pro­tec­tion et de sûreté nucléaire (IRSN), éta­blis­se­ment public chargé de la recher­che et de l’exper­tise sur les ris­ques nucléai­res et radio­lo­gi­ques.” (“La grippe A, un ter­rain d’essai en cas de catas­tro­phe nucléaire” - Media­part - 12/11/09).

De la mor­bi­dité et de la mor­ta­lité réelle

Loin de cette pan­dé­mie qui aura “média-cho­qué” tout le monde, l’obser­va­tion sereine et désin­té­res­sée de la situa­tion rend compte de la pré­sence d’une épi­dé­mie tout à fait réelle de grippe A-H1N1 dont la mor­bi­dité (la viru­lence qui rend malade), cer­tes impor­tante, reste encore en pleine période de pic que nous tra­ver­sons en cette fin de mois de novem­bre, moins impor­tante que les effets des patho­lo­gies res­pi­ra­toi­res clas­si­ques.

Quant à la mor­ta­lité (la viru­lence qui tue), selon les chif­fres offi­ciels à notre dis­po­si­tion, la grippe A-H1N1 appa­raît 30 fois moins mor­telle que la grippe sai­son­nière, une grippe sai­son­nière dont les vic­ti­mes annuel­les (2 à 5 000 par an) n’ont jamais fait l’objet d’autant d’assi­duité gou­ver­ne­men­tale et d’atten­tion média­ti­que. Devant une telle situa­tion, sachons demeu­rer mesu­rés et rai­son gar­der étant bien entendu qu’une vac­ci­na­tion qui reste un acte médi­cal sérieux n’est fon­dée que dans la logi­que de pré­ven­tion.

Se vac­ci­ner alors que nous avons très pro­ba­ble­ment déjà été en con­tact avec le virus de la grippe A-H1N1, en 1918, 1948, 1977/78 ou même en 2009, que l’on ait déclaré la mala­die ou non, n’a aucun sens compte tenu des ris­ques encou­rus inhé­rents à la vac­ci­na­tion en géné­ral et à la prise d’un des vac­cins con­tre le H1N1 2009 non muté en par­ti­cu­lier, tous enta­chés de dou­tes per­sis­tants quant à la qua­lité de leurs déve­lop­pe­ments.

Reste les per­son­nes réel­le­ment à ris­que. Hor­mis les fem­mes encein­tes et les enfants en bas âge mais sur­tout les per­son­nes immuno-dépri­mées, nous atten­dons tou­jours que l’on nous dise quel­les autres caté­go­ries de per­son­nes sont réel­le­ment mises en dan­ger par ce virus tou­jours pas “pan­dé­mi­que”.

Quoiqu’il en soit, le nom­bre ne peut tout sim­ple­ment pas, ni de près ni de loin, s’appro­cher des 65 mil­lions de con­ci­toyens visés par les 94 mil­lions de doses [3] et du mil­liard et quel­ques de mas­ques, pour la plu­part ina­dé­quats, qui ont été ache­tés par le gou­ver­ne­ment de mon­sieur Sar­kozy. Nous atten­drons la fin de l’hiver et nous ver­rons si plus de 10% des doses ache­tées auront été uti­les alors que tout indi­que que ce sera plu­tôt moins, doses jetées com­pri­ses… au prix moyen de 8 € HT la dose ! 10% auraient d’ores et déjà été pas­sées par per­tes (pour les con­tri­bua­bles) et pro­fits (pour les labo­ra­toi­res). Fai­tes le cal­cul : 94 mil­lions de doses : 10 x 8 =  75,2 mil­lions d’euros hors taxes !

Con­clu­sion (pro­vi­soire)

Le moment venu, les comp­tes devront bien être effec­tués, con­trats et tarifs en main. Et comme l’a tou­jours réclamé le pré­si­dent de la Répu­bli­que, pour lui comme pour ses col­la­bo­ra­teurs dont les effec­tifs et les salai­res flam­bent, c’est sur les résul­tats que nous juge­rons.

Mais d’ores et déjà, on ne peut pas dou­ter qu’en cette période de crise sans pré­cé­dent, à l’heure où l’on annonce pour cette fin d’année 900 000 chô­meurs en fin de droit, mon­sieur Seguin, Pre­mier pré­si­dent de la Cour des comp­tes, trou­vera là matière à sor­tir sa cal­cu­lette et user rapi­de­ment de sa brillante com­pre­nette per­son­nelle avec l’aide de ses ser­vi­ces.

Il en aura bien besoin pour faire le clair dans cette affaire, cette énorme cam­pa­gne vac­ci­nale, cette énor­mité et peut-être bien­tôt, l’ave­nir le dira, ce scan­dale. Gageons qu’à l’heure du bilan, ils sau­ront gar­der à l’esprit le con­tenu des dos­siers de l’amiante, du sang con­ta­miné, de la vache folle ou de la cani­cule de juin à août 2003 et les réa­li­tés injus­ti­fia­bles que l’on y a décou­vert pour faire jus­tice d’autant de gabe­gie. Et puisqu’en matière de vac­ci­na­tion il est néces­saire de pren­dre du recul, on verra ensuite la ques­tion de l’incu­rie et de la prise de ris­que sur la vie des gens (art. 223-1 du code pénal).


[1] 1 537 000 (IRA) moins 712 000 (H1N1)
[2]
[3] La Suisse, le pays des labo­­ra­­toi­­res Roche (Tami­­flu), a battu un record euro­­péen en fai­­sant la plus grosse com­­mande de vac­­cins de son his­­toire: 13 mil­­lions de doses pour 7,5 mil­­lions d’habi­­tants!
Mais la France vient immé­dia­te­ment après dans cet étrange clas­se­ment avec 94 mil­lions de doses pour 65 mil­lions d’habi­tants puis, loin der­rière, vient dans cette cours des exces­si­ve­ment grands, l’Alle­ma­gne avec 50 mil­lions de doses (cf. con­trat secret avec GSK) pour 82,5 mil­lions d’habi­tants, une Alle­ma­gne qui appa­rem­ment n’a pas osé ou ne s’est pas sen­tie obli­gée de se por­ter acqué­reur d’un nom­bre de doses supé­rieur au nom­bre de ses habi­tants.

Réfé­ren­ces :

- Le virus du pou­voir | Le livret (pdf) | L’enquête (en cours) |

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Éric Jousse

Auteur: Éric Jousse

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Commentaires (2)

El Dindon El Dindon ·  15 décembre 2009, 17h38
El Dindon El Dindon ·  06 janvier 2010, 18h57

Et la voilà qui invo­que l’inté­rêt géné­ral pour sau­ver son c…. Si on ne savait pas ce que vou­lait dire pusil­la­ni­mité…. Et la honte, sait-elle au moins ce que cela veut dire ? :
http://www.20mi­nu­tes.fr/arti­cle/374…

Mon bon m’sieur Seguin, va fal­loir retrous­ser les man­ches. Et puis en effet, après les affai­res de sous, fau­dra bien s’occu­per des din­dons de la farce, des vic­ti­mes quoi de la piquiouse. Il y en a et il va s’en décou­vrir encore ! Quant à l’art. 223-1 du code pénal, c’est bien la moin­dre des cho­ses. Ca frise le crime con­tre l’huma­nité cette affaire.

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