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Villes en lutte pour leur survie dans la région de Fukushima

Fuda_-_H_Northey.jpgDes villes vides et désertées de la préfecture de Fukushima luttent pour leur survie après la catastrophe

Article de Hannah Northey, publié sur eenews.net le 17/07/2014, traduit de l’anglais (V. Gallais), original : ’Empty and lonely’ Fukushima towns struggle in catastrophe’s wake



Aujourd’hui, Fuda, 72 ans, fait partie des 150 000 évacués qui ne peuvent rentrer chez eux. Et il craint que les gens aient cessé de penser à eux.

« Les medias ne viennent pas ici », dit Fuda, de l’abri temporaire où il vit, à 16 kilomètres de Hirono. « Je me sens oublié du monde. »

La structure en forme de boîte est exigüe, dit-il, mais sa maison à Hirono est toujours inhabitable après le tremblement de terre de magnitude 9, le tsunami et la fusion des cœurs de trois réacteurs à la centrale de Fukushima Daiichi sur la côte nord-est du Japon. Fuda dit que le gouvernement continue de reporter la date à laquelle il devra quitter son abri, et il ne sait pas quand ni même s’il pourra un jour vivre à nouveau à Hirono.

La situation de Fuda illustre le défi que représente pour le gouvernement japonais la decontamination de vastes étendues de sol et le retour d’habitants chez eux après la catastrophe du 11 mars 2011, qui a tué 19 000 personnes.

Le gouvernement a déjà prévenu que certains évacués devraient attendre 20 ans ou plus avant de pouvoir rentrer chez eux.

Sous un ciel nuageux, Fuda, employé retraité d’une entreprise de services mortuaires, passe son temps à arpenter le voisinage, il s’ennuie et admet se sentir seul.

La mère de Fuda, centenaire, qui est aussi née et a grandi dans la maison de Hirono, voudrait y mourir mais il reste peu d’infrastructures et aucun hôpital. Fuda retourne dans sa maison toutes les semaines pour ouvrir les fenêtres et laisser entrer un peu d’air frais et de soleil mais elle a été assez endommagée et le gouvernement n’a pas terminé de décontaminer le quartier des radiations qu’ont crachées les réacteurs de Fukushima Daiichi pendant le désastre.

“Il paraît, d’après les journaux, qu’il y a des fuites d’eau contaminée venant des réacteurs. Je crains encore … les radiations », dit-il. Je ne crois pas que l’énergie nucléaire soit sûre. »

Fuda dit qu’il lui manque de pêcher en mer et de cueillir des légumes dans la montagne autour de Hirino. Boire et pêcher avec ses amis lui manque aussi. Dans sa nouvelle communauté, dit-il, peu de jeunes se sentent chez eux. Il y a peu de solidarité et de partage en dehors des cérémonies du thé occasionnelles au centre communautaire, ajoute-t-il.

Une rue plus loin, Kiyoto Ohashi, 62 ans, partage la frustration de Fuda par rapport à la lenteur du gouvernement et le manque d’attention des médias.

Atsushi Fuda, évacué de Fukushima, 72 ans, devant son abri temporaire à Iwaki, où il vit depuis le tremblement de terre et le tsunami de 2011. Fuda rêve de rentrer chez lui, près de Hirono. Photo de Hannah Northey

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Atsushi Fuda, évacué de Fukushima, 72 ans, devant son abri temporaire à Iwaki, où il vit depuis le tremblement de terre et le tsunami de 2011. Fuda rêve de rentrer chez lui, près de Hirono. Photo : Hannah Northey

Debout dans la porte de son abri temporaire, en robe légère, un morceau d’aluminium dans sa chevelure noire, Ohashi dit qu’elle ne sait pas quand elle pourraretourner à Hirono et elle ne connaît pas beaucoup de monde à Iwaki.

Elle aussi se sent oubliée.

“Les medias ne s’intéressent plus à Hirono”, dit Ohashi.

Des milliers d’habitants de Hirono ont été évacués il y a trois ans après que le tremblement de terre et le tsunami aient endommagé les réacteurs de Fukushima de la TEPCO (Tokyo Electric Power Co.), à une quinzaine de kilomètres de là. Les unités endommagées ont rejeté du césium radioactif dans toute la région.

D’autres ont eux-mêmes décidé de partir.

Des scientifiques ont constaté des signes de dépression chez les évacués de Hirono vivant dans des abris provisoires, et Fuda ne fait pas exception. Il dit avoir peur des radiations, que le gouvernement est trop lent à attribuer des logements permanents, et il voit des signes de stress chez ses voisins – jeunes et vieux.

“Il y a tellement de stress”, dit-il. « J’ai vu beaucoup de gens tomber malades à cause de ce stress. Des jeunes aussi. »

Une étude publiée en janvier par un professeur de psychologie de l’Université de Brigham Young a montré que les habitants de Hirono souffrent de dépression et de stress post-traumatique. Yamawaki et des étudiants de l’Université de Yaga au Japon, qui ont examiné la santé mentale de 241 habitants de Hirono, ont trouvé que plus de la moitié souffraient de symptômes de stress post-traumatique assez préoccupants d’un point de vue clinique. Deux tiers d’entre eux présentaient des signes de dépression.

Je n’ai pas peur

Dans son bureau au centre de Hirono, le maire Satoshi Endo, 52 ans, essaie de donner une impression positive de sa ville, de 5490 habitants avant le désastre.

D’après Endo, presqu’un tiers des habitants –des hommes pour la plupart – sont revenus avant la fin du mois de mai.

« Début juillet, nous avons fait nos propres investigations, fondées sur la consommation d’eau et des patrouilles de comptage de lumières allumées dans les maisons. D’après la consommation d’eau, 50 pour cent des gens sont revenus. »

Watanabe_-_H_Northey.jpg

Hiro Watanabe, ancient employé de TEPCO, 58 ans, fait une pause dans son travail : couper de l’herbe à Hirono pour préparer le retour d’habitants évacués après le tremblement de terre et le tsunami en 2011. Photo : Hannah Northey.

Au début de l’année, Endo l’a emporté sur le maire sortant, Motohoshi Yamada, 65 ans, qui se présentait pour un troisième mandat. Yamada avait dit au Mainichi Shimbun qu’il ne pouvait expliquer la lenteur du gouvernement.

« L’action du gouvernement central a été très lente, et je n’ai pas pu expliquer de façon visible les travaux de restauration », avait-il dit au journal.

Aujourd’hui, TEPCO se préoccupe de rassurer les habitants en leur disant que Hirono est en cours de réparation. Ils coordonnent les efforts de nombreux volontaires pour montrer leur bonne volonté.

Endo dit avoir été rassuré par les efforts de TEPCO, en ajoutant que l’entreprise doit surtout contrôler les fuites d’eau radioactive de ses réacteurs à Fukushima Daiichi et reconquérir la confiance du public.

Dans un quartier deserté près du centre de Hirono, on peut voir les efforts de TEPCO. Plus de deux douzaines d’anciens ou nouveaux employés de TEPCO portant des vêtements de travail bleus arrachent les mauvaises herbes et coupent de l’herbe sous la pluie pour préparer le retour d’habitants de Hirono.

Un employé de TEPCO à l’arrière plan prend des photos pour une lettre d’information de l’entreprise.

Hiro Watanabe, 58 ans, dit avoir pris sa retraite de TEPCO l’an dernier après y avoir travaillé 40 ans. Il a trouvé un travail dans une autre entreprise en lien avec TEPCO qui l’a envoyé aider à revitaliser sa ville natale d’Hirono. Aujourd’hui, il travaille sur un espace public près d’ un temple, coupant de l’herbe tandis que des collègues élaguent des arbres, arrachent les mauvaises herbes et nettoient des chemins.

D’après Watanabe, les habitants apprécient le travail qu’ils font, mais il reconnaît que son épouse et d’autres membres de sa famille vivent à Tokyo parce qu’ils ont peur.

“Le problème de la centrale de Fukushima Daiichi n’est pas terminé … et il pourrait y avoir un autre accident de fuite ou de radiations ; c’est pourquoi ils sont préoccupés », dit-il, ajoutant qu’il y a encore des niveaux de radiation élevés dans certaines parties d’Hirono. »Nos voisins ne sont pas encore revenus. »

Watanabe dit qu’il vit seul dans les montagnes, à une dizaine de kilomètres de la ville. Contrairement aux autres membres de sa famille, Watanabe dit qu’une expérience récente avec le cancer l’a rendu intrépide par rapport aux radiations à Hirono.

“J’ai eu un cancer, j’en étais au stade final, ils m’ont dit que je vivrais pas longtemps”, dit-il. « Depuis cette expérience, je n’ai pas peur. »

J’ai pensé que la Terre allait disparaître

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Noato Kanazawa, 33 ans, dans la cuisine de son restaurant, “Ramen Plaza”, qu’il a reconstruit à Hirono après que le tremblement de terre et le tsunami de 2011 aient démoli son affaire dans la ville proche de Naraha. Photo : Hannah Northey.

C’est le signe d’une certaine normalité retrouvée à Hirono que ce restaurant de nouilles sur le bord de la route, où Noato Kanazawa, 33 ans, s’active sur ses marmites fumantes de miso, de bouillon et de nouilles.

Des clients assis sur des coussins à même le sol en bois du « Ramen Plaza » boivent leur bouillon dans des bols en céramique. De la télévision en hauteur, on entend des commentaires de scores de foot mêlés au bas bruit des conversations.

Kanazawa a ouvert ce restaurant à Hirono à l’été 2012 après que son premier local à Naraha – une ville voisine de 8000 habitants – ait été détruit par le tremblement de terre.

Naraha est maintenant désertée, située à l’intérieur de la zone d’exclusion de 20 km autour des réacteurs accidentés de Fukushima.

Des maisons très abîmées, le long desquelles sont entreposés des sacs en plastique remplis d’effets personnels, attestent d’ évacuations rapides après le désastre.

Kanazawa dit qu’il était sur le point de fermer son précédent restaurant au moment du tremblement de terre, qui a fait violemment trembler le bâtiment. Kanazawa a appris plus tard que les parents de ses amis avaient été emportés par le tsunami, mais sa mère de 62 ans, Fumika, est en bonne santé, à la maison.

« J’ai pensé que la Terre allait disparaître », dit Kanazawa.

Aujourd’hui, Kanazawa dit avoir pour clientèle essentiellement un nombre limité d’employés de TEPCO et de sous-traitants missionnés pour décontaminer les environs.

Avec si peu de fréquentation, dit Kazanawa, je n’ai pas besoin d’embaucher.

“C’est vide et esseulé”, dit Kanazawa. Donc, aussi longtemps que je peux faire marcher mon restaurant, c’est bon pour moi. »

Article original (en anglais) : http://www.eenews.net/stories/1060003056


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