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Le nouveau paradigme sera démocratique

Nous avons passé quelques heures à Notre-Dame-des-Landes où se déroulait, du 1er au 9 août dernier la semaine de résistance visant à faire échec au projet d’aéroport du “Grand-Ouest”, un projet vieux de 30 ans pour suppléer l’aéroport “Nantes-atlantique” que les autorités disent saturé. Un argument bien douteux.
Sur les lieux, il y avait à l’ouest du site le Camp Climat autogéré et à l’est, les stands de 7 partis politiques représentés : le NPA (Christine Poupin), Europe Écologie (Yannick Jadot), le PG (Corinne Morel-Darleux), les Alternatifs (Jean-François Pélissier), M’PEP (Aurélien Bernier), le PPLD et Europe Décroissance (Christian Sunt). Nous avons planté la tente au beau milieu, sans le savoir.

Le soir venu, à notre gauche, au delà d’une rangée de toilettes sèches qui faisaient aussi office de cabinets de lecture, sous un chapiteau circulaire on ne peut mieux rempli, les clowns du Camp racontaient leurs actions dans la joie et la bonne humeur, des actions de sensibilisation visant à provoquer le débat avec les clients de l’aérodrôme, les personnels mais aussi les policiers qui n’ont semble t-il pas hésité à lancer une invitation pour qu’une action du même genre ait lieu sur les plages bretonnes envahies par les algues vertes. Du sérieux dans la non violence, comme toujours.
À l’opposé du site, à droite de notre tente, les stands s’étaient vidés mais il restait encore quelques représentants des délégations. De nos entretiens, il est ressorti que “la décroissance” avait fait son chemin dans les esprits d’une gauche anti-néolibérale de plus en plus verte et inversement. Il restait encore à voir combien ou jusqu’où et surtout comment.

Benêts ou indécis ?

[1]

Depuis dix ans au moins, des altermondialistes discutent, débattent voire s’empoignent fraternellement avec des politiciens appartenant à la gauche classique issus du PS ou du PCF. Sur la question de l’eau par exemple où, contrairement à d’autres sujets, des propositions concrètes existent bel et bien depuis longtemps. Prenons en une. L’arrêt de toute délégation du service de l’eau au privé quitte à en passer par la dénonciation de la délégation de service en cours, ce service public devant intégralement revenir à la commune seule propriétaire (c’est la loi) non pas de l’eau - qui appartient à tout le monde donc à personne - mais du réseau de distribution et des équipements permettant son traitement. Quelles sont ces propositions ?

La première en passe par la gratuité totale pour tous comme cela existe encore dans quelques unes de nos communes. Cela signifie qu’il n’y a pas d’émission de facture de l’eau mais n’exclue pas pour autant l’impôt pour financer la maintenance et pourquoi pas l’extension des infrastructures de distribution et traitement de l’eau.

Une deuxième prévoit la gratuité pour tous des 40 ou 50 premiers litres par jour et par personne, le tarif ensuite pouvant suivre une courbe adaptée aux usages locaux (piscine ? arrosage ? Exploitations agricoles bio, paysanes ou industrielles…), une courbe arrêtée après un consensus acquis démocratiquement, ça va de soi.

À ces propositions, les élus locaux issus, par exemple, du PCF répondent : Non ! Il faut natio-na-li-ser !… nationalisation qui tient lieux d’étatisation, cela va sans dire. Alors, péremptoire ? Radical ? Révolutionnaire ? Extrémiste ? Non, tactique ! Ils poussent la logique révolutionnaire et l’anachronique espérance d’un hypothétique Grand soir à l’absurde et ce faisant repoussent aux calendes grecques le retour de l’eau comme bien public administrée (pour ne pas dire gérée) par les services publics de la commune. Quant à l’idée d’un retour à l’étatisation, est-elle seulement souhaitable ?

En tout cas, c’est devenu la ligne « real politiquement correcte » dont se servent les caciques de ses officines déclinantes pour tromper leurs propres militants et l’électorat dont les aspirations au fond ont bien changé. Ils sont depuis l’Union de la gauche de mèche avec leurs compères du Parti Solférinien, eux-mêmes devenus d’indécrotables néolibéraux adeptes du TINA, acronyme qui en français signifie « on ne peut pas faire autrement !». Ils divulguent ainsi l’impuissance d’une élite politicienne devenue des gouvernants fonctionnaires de la globalisation c’est à dire, au service des multinationales comme Veolia ou Suez et bien d’autres. S’en rendent-ils seulement compte ?

Quoiqu’il en soit, ils ne sont pas tous tout à fait cohérents. Le deviendront-ils ? À ce moment songeons par exemple à cet ex-député mais encore maire PS de la banlieue nord de Paris qui est passé publiquement de l’autre coté le jour où il a réclamé la légalisation du travail dominical en éludant magistralement l’existence d’une loi sur les 35 heures - certes détricotée par le gouvernement Sarkozy - que quelques années auparavant il avait défendue. Avant cela, en 2007, il avait reconduit Veolia comme délégataire des services de l’eau sur sa commune. Blasé, ce Jean-Pierre là est aussi un ancien du NPS qui ne devrait pas tarder à rejoindre La Gauche Moderne de Jean-Marie Bockel aussi figurant-supplétif de la liste UMP aux Européennes 2009. À moins qu’il franchisse plus allègrement encore le pas comme son ami Éric Besson, ancien député PS de la Drôme, pronucléaire et actuel Ministre “UMP” de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, digne successeur de Brice Hortefeux (cf. l’affaire de la fermeture de la “jungle” de Calais)… rien que ça. Quoique, le vent semble vouloir tourner. À suivre donc.

Alors, laquelle des deux propositions de retour au service public de l’eau est la plus réaliste ? Qu’elle est la plus gênante pour Véolia (ex. Générale des eaux-Vivendi) et ses pseudo-concurrents qui font tout ce que leur pouvoir de prédation leur permettent depuis des décennies afin d’imposer au monde le modèle le plus injuste qui soit en la matière, le « modèle français de l’eau » comme on l’appelle partout et pour commencer à l’OMC ? Laquelle des deux propositions est la moins extrémiste, laquelle est la plus radicale : l’étatisation ou la gratuité ? Posons la question autrement : laquelle des deux propositions est « sociale démocrate » pour ne pas dire désormais conservatrice ? Quelle proposition participe le mieux de l’élaboration d’un nouveau paradigme comme contribution, pourquoi pas, à la refondation d’une gauche qui se cherche au fond de la piscine ? Comme se le demandait fort justement Minga, Partis de gauche : pour aller où ?

Allez hop… tout le monde à la campagne !

Dès les prochaines élections, de l’extrême gauche à l’extrême droite, l’offre politique sera d’abord et avant tout « verte »… au moins dans la charte graphique et le code couleur “chocolat-pistache” qui devrait dominer sur les affiches électorales [2] comme dans les vitrines de n’importe quels commerçants et les catalogues. Lors de la mise en concurrence électorale, nous verrons bien ce qu’il y a en stock de chacune des officines.
Car le seul vrai succès électoral - modulo la tendance historique à la baisse de la participation désastreuse aux élections européennes de 2009 - ne fut pas celui de l’UMP, tout le monde l’avait bien compris malgré la propagande. Non, le vrai succès même relatif fut celui d’Europe écologie. Désormais, dans le jeu de la concurrence électorale, tous seront alignés en rang d’oignons, tous adopteront ce positionnement marketing dont nous dénoncions les mécanismes urgentistes et annoncions le succès il y a un an.

Au cours d’une analyse critique des fondements du projet de cette LCR rebaptisée “Nouveau Parti Anticapitaliste”, nous disions en quoi le positionnement « croissance verte » était un « boulevard électoral », bien plus qu’un anticapitalisme d’affichage lui aussi, à l’occasion, passé à la verte ripoline même s’il prônait de manière paradoxale l’augmentation du pouvoir d’achat. Car tout le monde a compris que ni le « travailler plus pour gagner plus »  ni le « lutter plus pour gagner plus » ne pouvait fonctionner pour la bonne et simple raison que le système est désormais caduc. Et si un jour, les banquiers en venaient à revenir sur leur aversion viscérale de l’inflation en autorisant le gouvernement à revaloriser grassement les SMIC et partant les salaires ce ne serait que la confirmation de cette caducité. C’est qu’ils n’auraient pas compris que la relance par la consommation serait pire encore.

C’est à ce moment la seule explication évidente que l’on puisse donner à cette « insurrection qui se retient » à savoir qu’à part l’idée d’une « croissance verte » faisant le jeu d’un « capitalisme vert » bien plus que d’un anticapitalisme et encore moins d’un indispensable et urgent antiproductivisme, il n’y a pas de boulot pour tout le monde dans le cadre du système qui nous domine et que l’Etat déjà surendetté [4] ne peut pas « accueillir la misère du monde » même quand c’est celle des siens et de ses esclaves modernes que sont les sans-papiers… suffit d’ouvrir les yeux sur le domicile fixe que sont devenus les trottoirs de nos villes.

Nos anciens diraient que l’on ne chie pas la honte devant autant de mensonges étalés pour nous fiche la frousse et nous réduire au silence et à l’incapacité. C’est bien autre chose en effet d’être indécis que d’être benêt mon cher camarade Bernier [1]. Indécis ne veut pas dire que nous sommes des simples d’esprit car, à la vérité, nous avons tout bien compris, trop bien peut-être [3]. Il reste cependant bien du travail et ce n’est pas la profusion d’alternatives qui fait défaut. Désert ou brousse ? analyse Edrobal. Sa réponse ? Brousse !

C’est bien autre chose aussi que d’être impuissant car en fait nous avons le pouvoir que nous nous donnons ou, si l’on préfère, en l’occurrence, le pouvoir que l’on voudra bien prendre et au besoin reprendre. Il suffirait pour cela de ne plus tendre la main mais de serrer le poing et de taper un bon coup sur la table des négociations (cf. les Conti ) qu’il ne s’agira plus de quitter tant que l’on n’aura pas obtenu l’intégralité de ce qui nous revient de plein droit. Comme par exemple ces tombereaux d’argent refilés aux banques et à la finance, non pas pour en faire à nouveau le nerf de la consommation privée mais pour nous enlever le surendettement public que l’on vient de nous coller sur le dos en doublant le déficit de l’Etat [4] et ce, d’un simple claquement de doigt et sous couvert encore de crise. « Travailler plus pour… rembourser plus » !… c’est l’injonction sous-jacente.

De la capacité d’indignation à l’élaboration d’un nouveau paradigme

Vous avez sans doute lu l’« Altermondialisme en France » (Flammarion, 2005). Vous devriez lire si ce n’est pas déjà le cas « Voyage dans la galaxie décroissante » de Fabrice Flipo (Mouvements, avril 2007).
Vous pourrez lire aussi (voir l’annexe ici) la « Lettre Ouvertes au PG/NPA » des Objecteurs de Croissance (OC) d’« Europe décroissance », pour peut-être vérifier qu’en effet nous avons tout compris mais que nous sommes tous encore indécis et partant incapables de faire ce que la situation historique actuelle exige de nous pour empêcher la plus vaste entreprise de destruction de l’avenir qui est en marche.

Comme nous le pensons et comme nous cherchons à le construire en contribuant ici encore au projet Netoyens!, les OC affirment dans cette lettre ouverte la nécessité de l’élaboration d’un nouveau paradigme. «Il faut être en capacité d’élaborer des propositions radicales, désirables et surtout pertinentes face aux urgences planétaires.» affirment nos amis OC.

Et de compléter ainsi pour dire comment :
« Nous trouvons donc insuffisant que votre seule critique vis-à-vis d’Europe écologie porte sur la volonté de dépasser le clivage gauche/droite, dépassement qui nous semble pertinent quand il s’agit de rompre avec l’hypothèse sociale-démocrate et envisager de véritables ruptures avec le capitalisme et le productivisme. Mais nous craignons qu’il s’agisse plutôt de profondes incompréhensions des paradigmes de l’écologie politique. »

De surenchérir à juste titre ainsi :
« Nous trouvons aussi dommage que vous ne critiquiez pas plus radicalement les bilans des gestions néolibérales des majorités « gauche plurielle » dans les régions et le rôle d’alliés dociles que jouent les élus verts mais aussi les élus du parti communiste. Comment ne pas critiquer ceux qui, à des postes de vice-présidence, mettent en application dans les régions les politiques libérales européennes par la transcription des directives de la PAC, de la politique des transports, de la mise en concurrence, des délocalisations ? »

Et d’achever l’argumentation par :
« Enfin, il ne suffit pas dans l’avenir de garder sa liberté de vote dans les conseils régionaux, si l’on ne garantit pas à nos électeurs leur juste et intégrale représentation proportionnelle et que l’on donne un chèque en blanc à des majorités sociales-libérales sans possibilité de contrôle sur leurs actions et sans moyen d’exercer un contre-pouvoir parles mouvements sociaux. »

Tout semble y être pour faire bon poids et bonne mesure. L’exigence d’un nouveau paradigme remettant totalement en cause le modèle dominant devant en passer par l’émergence d’un pôle de radicalité. Puis foin de tout réformisme identifié à la sociale-démocratie matinée libérale pour laisser place à l’anticapitalisme cher au NPA et plus sûrement à l’antiproductivisme bien plus radical mais bien moins spectaculaire. Enfin, remise en cause de la croissance, du développement, du progrès technologique et de la concurrence pour mieux restaurer la prééminence de l’humain, son autonomie, sa souveraineté, le lien social et la coopération.

Reste la question lancinante. Celle qu’on maltraite toujours au moins un peu, comme la bande son au cinéma que l’on produit toujours à la fin avec un reliquat de crédit. C’est pourtant celle qui doit permettre de recouvrer notre pleine et entière capacité collective, celle qui doit donner un réel poids à notre légitime indignation à savoir, l’ambition démocratique. Ici, le nouveau paradigme que les OC appellent de leur voeux semble se contenter d’un aménagement des institutions en vigueur afin d’obtenir la « juste et intégrale représentation proportionnelle » des électeurs, une aspiration qui ne devrait pas heurter le projet d’une 6ème République [5] chère aux fondateurs du Parti de Gauche (PG) au point de se demander s’il on veut réellement d’un nouveau paradigme. À moins qu’on le veuille comme au NPA cet anticapitalisme qui se résoud à sauver le capitalisme en réclamant l’augmentation d’un pouvoir d’achat devant nous permettre de consommer les surplus produit par le système en place. « Pouvoir d’achat, pouvoir de nuire » faut-il encore le démontrer ?

Peut-on affirmer sérieusement être de plein pied dans l’écologie politique radicale, vouloir que l’humanité s’émancipe d’un système qui la broie et échapper à toute logique d’accompagnement tout en évitant la nouvelle constitution d’un « cartel électoral » sans remettre en cause les institutions qui organisent, structurent et conditionnent les faits et gestes politiques depuis un demi siècle au moins ?
Comment affirmer que le modèle est caduc au point d’annoncer avec raison la fin de notre civilisation sans dénoncer celle du régime sans lequel elle n’aurait tout simplement pas pu exister et durer suffisamment longtemps pour décliner et finalement risquer l’autodestruction ?

Par ailleurs, on est prêt à reconnaître tout le courage politique dont Corinne Morel-Darleux a fait preuve jusqu’ici. Membre du mouvement Utopia devenue secrétaire nationale du PG, elle déclare le 21 novembre 2008 sa décision de quitter un Parti Socialiste (.pdf) empêtré sur sa ligne sociale démocrate, un PS dénué d’idéal et de projet politique, incapable de prendre la mesure du désastre social et écologique en marche et ce pour « répondre à l’appel du Sénateur Jean-Luc Mélenchon et du Député Marc Dolez et de rejoindre le Parti de Gauche (PG) (…) avec la volonté de contribuer utilement au développement d’un projet politique de dépassement du système capitaliste, intégrant l’urgence écologique et sociale ». Gageons que de nombreux autres suivront son exemple.

Cependant qu’en est-il du dépassement de ce système hiérarchique, militaire et belliqueux qui structure non pas seulement l’armée elle-même et tout le système policier mis en place par monsieur Sarkozy mais toute la société jusque dans les entreprises et les partis politiques de droite bien sûr mais aussi ceux qui se disent encore de gauche.
Vouloir d’une 6ème République est ce une remise en question du régime suffisante au regard des enjeux sociaux, écologiques et démocratiques auxquels nous devons faire face ? N’y a t-il pas plutôt place pour l’idée d’une 1ère Démocratie ? Car, en effet, qu’en est-il de l’urgence démocratique alors que le fascisme vient plus sûrement que l’insurrection ?



Notes :
[1] «Ne soyons pas des altermondialistes benêts» par Aurélien Bernier :
http://www.marianne2.fr/Ne-soyons-pas-des-altermondialistes-benets_a181745.html
[2] Voir la charte graphique des sites et des affiches comparées des finalistes de la législative partielle de Rambouillet (Yvelines) :
http://www.jfpoisson2009.com/
http://www.poursinoff2009.fr/
[3] Susan George vs Henry Guaino : http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/septdix/index.php?id=83164
[4] L’escroquerie de la dette publique, ou comment les banques privées escroquent les Etats Européens ? :
http://www.econologie.com/l-escroquerie-de-la-dette-publique-nouvelle-3920.html
[5] On retrouve cette proposition dans la profession de foi d’Anny Poursinoff, candidate “Europe Écologie” soutenue, au 2ème tour de la législative partielle de Rambouillet, par le PS, le MRC, le PCF,  le Parti Radical de Gauche, le Front de gauche et le parti Gauche Unitaire.




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Éric Jousse

Author: Éric Jousse

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Comments (4)

corinne morel darleux corinne morel darleux ·  02 October 2009, 10h12

Bon­­­jour,

Dans la fou­­­lée de cet arti­­­cle qui pose les bases d’une dis­­­cus­­­sion indis­­­pen­­­sa­­­ble, je vous livre quel­­­ques réflexions sur l’arti­­­cu­­­la­­­tion cen­­­tral / local, natio­­­na­­­li­­­sa­­­tion / socia­­­li­­­sa­­­tion, le rôle de l’État et des ser­­­vi­­­ces publics… Des réflexions en cours, qui m’ont notam­­­ment été ins­­­pi­­­rées par nos débats à Notre Dame des Lan­­­des… A dis­­­cu­­­ter ;)

Je pense tout d’abord qu’il faut en effet réus­­­sir à dépas­­­ser l’idée de natio­­­na­­­li­­­sa­­­tion-Éta­­­ti­­­sa­­­tion et l’élar­­­gir à la notion de réap­­­pro­­­pria­­­tion citoyenne et de socia­­­li­­­sa­­­tion de l’éco­­­no­­­mie, et la lier avec la réflexion sur la pro­­­priété du capi­­­tal et des moyens de pro­­­duc­­­tion. Les SCOP sont un modèle inté­­­res­­­sant dont nous avons beau­­­coup à appren­­­dre à ce titre.

Mais pour autant je pense éga­­­le­­­ment néces­­­saire de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain : ce n’est pas parce qu’EDF mono­­­pole d’État a per­­­mis le déve­­­lop­­­pe­­­ment du nucléaire qu’il faut s’achar­­­ner à libé­­­ra­­­li­­­ser le mar­­­ché de l’élec­­­tri­­­cité comme s’éver­­­tue à le faire l’Union Euro­­­péenne, avec des direc­­­ti­­­ves - votées y com­­­pris par des dépu­­­tes euro­­­péens verts. Je ne crois pas un seul ins­­­tant à la capa­­­cité de la con­­­cur­­­rence « libre et non faus­­­sée » d’appor­­­ter du mieux disant social et éco­­­lo­­­gi­­­que.
Nous devons au con­­­traire réaf­­­fir­­­mer l’impor­­­tance de droits fon­­­da­­­men­­­taux et biens com­­­muns gérés par le ser­­­vice public. Dans le domaine de l’éner­­­gie par exem­­­ple, le PG défend la créa­­­tion d’un pôle public de l’éner­­­gie, avec le retour à 100% public d’EDF GDF et Total. Parce que l’éner­­­gie est un droit fon­­­da­­­men­­­tal qui ne peut pas être laissé aux seu­­­les lois du mar­­­ché, et que seul un ser­­­vice public de l’éner­­­gie peut per­­­met­­­tre à la fois de pla­­­ni­­­fier la révo­­­lu­­­tion éner­­­gé­­­ti­­­que, mais aussi de garan­­­tir le droit à l’éner­­­gie pour tous, par­­­tout, aux mêmes con­­­di­­­tions d’acces­­­si­­­bi­­­lité. Après, au sein de ce cadre, on peut ima­­­gi­­­ner des uni­­­tés de pro­­­duc­­­tions décen­­­tra­­­li­­­sées. Mais la pro­­­duc­­­tion d’éner­­­gie renou­­­ve­­­la­­­ble n’est pas linéaire, pas tou­­­jours sto­­­cka­­­ble, et les ter­­­ri­­­toi­­­res ne sont pas tous égaux en ter­­­mes de pos­­­si­­­bi­­­li­­­tés d’équi­­­pe­­­ments. Alors il fau­­­dra bien avoir un pilo­­­tage d’ensem­­­ble des besoins et des res­­­sour­­­ces, assu­­­rer une régu­­­la­­­tion cen­­­tra­­­li­­­sée des flux pour assu­­­rer la dis­­­tri­­­bu­­­tion con­­­ti­­­nue sur le réseau, assu­­­rer des péréqua­­­tions tari­­­fai­­­res afin que l’éner­­­gie soit acces­­­si­­­ble par­­­tout au même tarif, et pas plus chère selon que vous habi­­­tez dans un coin enso­­­leillé et ven­­­teux ou pas.

De même, à rebours de ce qui est fait par le gou­­­ver­­­ne­­­ment actuel avec son pro­­­jet de taxe car­­­bone, il ne suf­­­fit pas de mon­­­trer du doigt les com­­­por­­­te­­­ments indi­­­vi­­­duels, encore faut-il met­­­tre en place un cadre de société qui rende les alter­­­na­­­ti­­­ves pos­­­si­­­bles : réno­­­va­­­tion et iso­­­la­­­tion ther­­­mi­­­que, reden­­­si­­­fi­­­ca­­­tion urbaine et com­­­mer­­­ces de proxi­­­mité, relo­­­ca­­­li­­­sa­­­tion et cir­­­cuits courts, accès aux trans­­­ports col­­­lec­­­tifs… Tout le con­­­traire là aussi de ce qu’on voit aujourd’hui, avec la pri­­­va­­­ti­­­sa­­­tion d’entre­­­pri­­­ses qui jouent pour­­­tant un rôle social et éco­­­lo­­­gi­­­que essen­­­tiel : EDF, la Poste, la SNCF…

Je pense donc que l’éco­­­lo­­­gie poli­­­ti­­­que, en remet­­­tant l’inté­­­rêt géné­­­ral au pre­­­mier plan, per­­­met aussi de réaf­­­fir­­­mer le rôle de l’État et des ser­­­vi­­­ces publics. Car seule la col­­­lec­­­ti­­­vité et la sphère publi­­­que peu­­­vent gérer ce défi de manière volon­­­ta­­­riste, démo­­­cra­­­ti­­­que, et sur le long terme.

Repre­­­nons l’exem­­­ple du cli­­­mat et de l’éner­­­gie. Réduire les émis­­­sions de gaz à effet de serre, mais aussi sor­­­tir du nucléaire et anti­­­ci­­­per la fin du tout pétrole, par exem­­­ple, ça ne se fera pas du jour au len­­­de­­­main. Et ça se pla­­­ni­­­fie. Alors il va bien fal­­­loir dres­­­ser un état des lieux sérieux de la situa­­­tion, orga­­­ni­­­ser un grand débat public sur les objec­­­tifs à attein­­­dre et les pro­­­gram­­­mes à met­­­tre en place pour y arri­­­ver, faire tra­­­vailler ensem­­­ble syn­­­di­­­cats, cher­­­cheurs, asso­­­cia­­­tions et citoyens… Pla­­­ni­­­fier tout ça dans le temps et assu­­­rer le suivi de la mise en œuvre, avec des éta­­­pes et des bilans inter­­­mé­­­diai­­­res, car on ne peut pas exclure que cer­­­tai­­­nes voies se révè­­­lent des impas­­­ses… C’est ce pro­­­ces­­­sus démo­­­cra­­­ti­­­que que nous appe­­­lons au PG la pla­­­ni­­­fi­­­ca­­­tion éco­­­lo­­­gi­­­que.

Ce mot sem­­­ble par­­­fois faire peur, alors cla­­­ri­­­fions tout de suite quel­­­ques points… Non, nous ne vou­­­lons pas reve­­­nir au cen­­­tra­­­lisme éta­­­ti­­­que auto­­­ri­­­taire pra­­­ti­­­qué en Union Sovié­­­ti­­­que ! Mais oui, nous reven­­­di­­­quons l’impor­­­tance du rôle de l’État et des ser­­­vi­­­ces publics. Ils sont cer­­­tes à réin­­­ven­­­ter, notam­­­ment par une pro­­­fonde réforme ins­­­ti­­­tu­­­tion­­­nelle (la 6e répu­­­bli­­­que, oui !) et les moyens démo­­­cra­­­ti­­­ques d’une nou­­­velle impli­­­ca­­­tion popu­­­laire, sans laquelle la pla­­­ni­­­fi­­­ca­­­tion éco­­­lo­­­gi­­­que ne pourra pas se met­­­tre en place. Mais ils res­­­tent indis­­­pen­­­sa­­­bles pour pla­­­ni­­­fier la rup­­­ture, cons­­­truire un cadre de société éman­­­ci­­­pa­­­teur et garan­­­tir l’éga­­­lité d’accès aux droits fon­­­da­­­men­­­taux pour tous, par­­­tout.

Alors oui, il y a des pri­­­ses de cons­­­cience indi­­­vi­­­duel­­­les à déclen­­­cher, des alter­­­na­­­ti­­­ves con­­­crè­­­tes à expé­­­ri­­­men­­­ter. Mais on a aussi besoin du débou­­­ché poli­­­ti­­­que et ins­­­ti­­­tu­­­tion­­­nel. Pour don­­­ner à tous les moyens de vivre mieux, pour soi, avec les autres, et dans le res­­­pect des eco-sys­­­tè­­­mes. Parce que par­­­ler d’éco­­­lo­­­gie, c’est fina­­­le­­­ment par­­­ler de droits fon­­­da­­­men­­­taux, de biens com­­­muns, d’éga­­­lité, de soli­­­da­­­rité et d’inté­­­rêt géné­­­ral… Alors que cer­­­tains vou­­­draient nous faire croire qu’il n’y a plus de cli­­­vage gau­­­che – droite, et dans le con­­­texte de crise de légi­­­ti­­­mité des par­­­tis et de la démo­­­cra­­­tie repré­­­sen­­­ta­­­tive qu’on a vu avec l’abs­­­ten­­­tion aux euro­­­péen­­­nes, qu’on voit aussi, d’une cer­­­taine manière, avec les tra­­­vailleurs en lutte, il est urgent de renou­­­ve­­­ler les pra­­­ti­­­ques poli­­­ti­­­ques mais aussi de mon­­­trer qu’il existe une gau­­­che forte, qui ne se rési­­­gne pas, capa­­­ble de ras­­­sem­­­bler sur un pro­­­jet de société radi­­­ca­­­le­­­ment dif­­­fé­­­rent ! C’est tout le sens du ras­­­sem­­­ble­­­ment de l’autre gau­­­che que nous essayons, au PG, de met­­­tre en place. Pour une con­­­ver­­­gence qui per­­­mette la mise en œuvre, enfin !, d’une véri­­­ta­­­ble alter­­­na­­­tive de dépas­­­se­­­ment du capi­­­ta­­­lisme et du pro­­­duc­­­ti­­­visme. Vers une trans­­­for­­­ma­­­tion radi­­­cale et ambi­­­tieuse, sociale et éco­­­lo­­­gi­­­que.

J’aime­­­rais enfin appor­­­ter en con­­­tri­­­bu­­­tion :

Au plai­­­sir de pour­­­sui­­­vre l’échange ;)

Ami­­­tiés. Corinne Morel Dar­­­leux

' ' ' ' ·  08 October 2009, 14h27

On peut aussi se poser des ques­tions sur une autre ten­dance qui se des­sine, por­tée par la pro­blé­ma­ti­que du déve­lop­pe­ment dura­ble, et qui ne paraît pas loin de trans­for­mer la démo­cra­tie en tech­no­lo­gie de gou­ver­ne­ment : http://yan­ni­ckrum­pala.word­press.com…

VD VD ·  10 November 2009, 21h47

@’ ‘ : Mais le déve­lop­pe­ment dura­ble, ça n’existe pas. L’uni­que terme à employer est “objec­tion de crois­sance”.

' ' ' ' ·  11 November 2009, 09h49

Les deux sont ana­ly­sés sur le même blog. Voir http://yan­ni­ckrum­pala.word­press.com… et http://yan­ni­ckrum­pala.word­press.com…

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