Dernière mise à jour 22/11/2017

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Démocratie, direct !

La gauche est en crise. Ses stratégies sont pour l’instant inopérantes, voire contre-productives, comme le montrent sa disparition en Italie et l’union sacrée de la fausse gauche avec la vraie droite en Allemagne. Et si la crise de “la gauche” était elle aussi systémique, consubstantielle à la crise planétaire ?

4aout1789.jpgQu’est-ce que la gauche ?

Le terme est né en France, quand les opposants au féodalisme s’assirent à gauche et les conservateurs à droite de l’hémicycle. La principale revendication était l’abolition des privilèges de la noblesse et du clergé. Celle ci fut votée par une assemblée majoritairement de droite, sous la pression de révoltes populaires dépassant les moyens de répression de l’époque, le 4 août 1789.

La gauche s’est définie par son opposition aux privilèges, et la droite par son attachement aux sauveurs suprêmes, aux césars et aux tribuns. L’étymologie fournit ainsi en axiome une définition “universelle” de la droite et de la gauche, sans ethnocentrisme ni chronocentrisme. Historiquement, le libéralisme philosophique n’est pas de droite, et une Nomenklatura n’est pas de gauche. Le clivage n’a rien de nouveau : la droite veut des hommes providentiels, des rois et des chefs, des délégués et des patrons, des guides et des führers, et leur concède bien volontiers les privilèges de leur éminence putative, et la gauche veut une réelle démocratie (Polis-tikès). Leurs corpus respectifs opposent deux modèles ‘organisations : l’idéologie de droite est celle des pyramides hiérarchiques, et l’idéologie de gauche celle des organisations en réseaux.

Partis de gauche : pour aller où ?

Paradoxe, les “partis de gauche” ne sont pas organisés en réseaux, mais comme les partis de droite et les entreprises capitalistes, en pyramides ! Un “parti de gauche” en ce début de millénaire, c’est une entreprise qui vend un service : changer la société. Ses recettes sont constituées de contributions monétaires et bénévoles, et ses dépenses consistent en actions de lobbying politique. Son organisation est verticale, pyramidale. Elle comprend une dizaine d’échelons hiérarchiques basés le plus souvent sur des découpages administratifs successifs chapeautés de multiples instances de direction concentriques. Comme dans toutes les entreprises basées sur ce modèle typique du dix-neuvième siècle, l’information ne circule pas ou très mal, les outils sont inadaptés aux objectifs, le climat social est effroyable, et la productivité globale est affligeante.

Naturellement, en termes d’image et de crédibilité, un “parti de gauche” fonctionnant avec plus de hiérarchies internes réelles qu’une entreprise comme Google devient de plus en plus difficile à vendre à ses électeurs potentiels. Leur désaffection n’est donc pas liée à un tarissement de la demande mais à une inadéquation de l’offre, conduisant à une rentabilité négative de l’investissement militant global dans les principaux partis “de gauche” du marché : en quelques décennies, la part des revenus du travail dans le PIB a considérablement diminué au profit des revenus du capital.

Dans leurs formes actuelles, les organisations “de gauche” échouent à opposer à la globalisation du secteur mercantile une globalisation des alternatives démocratiques. Selon un sondage, plus de huit personnes sur dix pensent pourtant “que notre société est mauvaise, et doit changer”. Mais comme la quasi-totalité de l’offre des partis, syndicats, et associations “de gauche” repose sur un modèle d’organisation de droite [1] que les entreprises capitalistes elles-mêmes n’adoptent plus en l’état, cette majorité ne concourt que de manière de plus en plus marginale à la demande résiduelle pour ce qui nous sert de gauche politique aujourd’hui.

La démocratie directe : un resizing

Le marketing ne peut enrayer une telle crise : des restructurations majeures s’imposent. Google a trois niveaux hiérarchiques, plus un quatrième qui décide : les actionnaires. Aux partis de gauche et aux entreprises avisées d’adopter un modèle encore plus productif en allant au bout du resizing [2] : aucun échelon hiérarchique. L’absence de hiérarchie ne vise pas seulement l’économie de dépenses improductives, voire contre-productives, mais aussi et surtout la meilleure capitalisation de l’intelligence collective. Un resizing complet équivaut au concept politique de démocratie directe [3].

Des tergiversations et des obstacles sont prévisibles, car les échelons hiérarchiques jouent un rôle conservateur bien connu des sociologues des organisations et désormais des électeurs. Les solutions sont connues elles aussi, pour l’essentiel, depuis des millénaires : éviter toute délégation de pouvoir, user de tirages aux sort, de mandats non renouvelables, impératifs, non cumulables, développer méthodes et outils horizontaux d’élaboration de textes collectifs et de prise de décisions (opérationnels même à plusieurs milliards), se doter d’instances exécutives, d’arbitrage, et de contre-pouvoirs indépendantes et à zéro niveaux hiérarchiques, … et expérimenter tout ça et plus encore ici et maintenant.

Politiquement, quelques ersatz ont suffit à Royal pour court-circuiter l’éléphanterie du PS, à Obama pour doubler Hillary, ou à Besancenot pour passer en vedette américaine chez Drucker. La démocratie directe partout, au parti comme à l’entreprise, représente donc bien une énorme demande qui reste insatisfaite, reniée, édulcorée, sans cesse instrumentalisée et pourtant toujours masquée au débat public [4]. Voilà l’élément systémique de la crise d’une gauche qui s’étonne de demeurer politiquement minoritaire quand elle est sociologiquement ultra-majoritaire.

Bravitude participative ou démocratie directe ?

Associée peu ou prou au “monarchisme d’entreprise” consubstantiel des dogmes réactionnaires, la “démocratie” représentative devient invendable [5]. C’est pourquoi les mouvements de concentration, O.P.A., grandes alliances, et petits arrangements entre “partis de gauche” ne freinent guère leurs déclins. Quelques “bravitudes participatives” peuvent-elles suffire à racheter une gauche Canada-Dry noyée dans un verre de Vichy ?

Le remède à la crise des “partis de gauche” n’est-il pas plutôt d’y revenir ? (à gauche, au sens rappelé en introduction) 2002, 2005, 2007, toutes les grandes études de marché récentes le confirme : désormais, pour convaincre d’adhérer à leur concept d’entreprise, il ne suffit plus aux organisations de gauche de vendre sur catalogue une démocratie livrable au chant du coq le matin du grand soir. Elle doivent avoir le produit en stock, et le mettre en rayons [6].

Minga, 2008

Notes

[1] “Le pouvoir politique, à proprement parler, est le pouvoir organisé d’une classe pour l’oppression d’une autre.(Karl Marx - Le Manifeste du Parti Communiste - II Prolétaires et communistes).

[2] Resizing : réorganisation d’une entreprise par la suppression des échelons hiérarchiques inutiles. A ne pas confondre avec le downsizing, qui est la réduction de la taille et/ou du périmètre d’activité pour augmenter la rentabilité financière de ce qui reste.

[3] Démocratie directe : c’est un pléonasme, car étymologiquement la démocratie est directe ou n’est pas.

[4] Sur les confiscations du débat démocratique, voir aussi “Critique de la démoscopie, du débat démocratique confisqué par son propre spectacle” (Yannis Youlountas, La gouttière, 2007), dont les principales pages sont lisibles sur : www.youlountas.net.

[5] Démocratie “représentative” : voir brochure “Sommes-nous en démocratie ?”, à télécharger sur www.les-renseignements-genereux.org.

[6] “Le média, c’est le message”, dit Mac Luhan. De la même façon (mais cela s’applique aux quatre pouvoirs définis par Tocqueville et non plus seulement au quatrième), l’organisation, c’est le projet. L’organisation et son projet perdent toute crédibilité lorsqu’ils s’opposent.


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Auteur: Minga

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Commentaires (1)

erou erou ·  06 juin 2015, 13h56

« Aujourd’hui, avec l’effondrement du stalinisme d’une part, et le surgissement des formes disons – classiques – de processus révolutionnaires (comme en Tunisie ou en Grèce par exemple) d’autre part, réapparaissent le personnage et la pensée de Léon Trotsky comme l’authentique voie pour la défense des classes ouvrières dans la voie du socialisme », Esteban Volkov, petit-fils de Trotsky

La satisfaction des besoins des travailleurs nécessite plus que jamais de s’attaquer aux fondements mêmes du système capitaliste, c’est-à-dire une révolution prolétarienne expropriant les groupes capitalistes, les banques , les assurances…sans indemnité ni rachat, socialisant et planifiant l’économie pour satisfaire ces besoins, donnant le pouvoir aux travailleurs, organisés à tous les niveaux en conseils, comités de délégués élus et révocables, mandatés par les assemblées de base, mettant en place un nouveau gouvernement de la Commune, un gouvernement ouvrier, tendant la main aux autre classes ouvrières, pour une Europe des travailleurs, pour les Etats-unis socialistes d’Europe.
La seule réponse de l’impérialisme : la guerre, la barbarie… La création de toutes pièces (financement et armement directs et indirects) d’un ennemi « implacable » – l’Etat islamique –, par lequel il tente de faire diversion et de terroriser les peuples… La guerre contre la révolution, c’est la réponse constante de l’impérialisme ! La guerre en permanence (Irak, Afghanistan, Somalie, Soudan, Palestine, Libye, Syrie, Mali, Centrafrique…), c’est la bannière du capitalisme pourrissant un siècle après 1914 ! La révolution prolétarienne contre la guerre c’est la réponse du Trotskysme.
En France, une crise révolutionnaire ouverte affleure, quelle en sera l’étincelle ? Par exemple, un appel de travailleurs d’une entreprise menacée dans tel département, appelant l’ensemble du département à monter en masse à Paris, et à occuper une place centrale comme en Egypte ou en Tunisie, ce pourrait être alors le détonateur, cristallisant toute la situation politique de plus en plus insupportable pour le peuple face à Hollande-Valls les petits commis de l’Union européenne au service du capital financier. Le retentissement médiatique d’une telle initiative, ses répercussions à travers tout le pays, poseraient inéluctablement la question du pouvoir et de qui doit diriger le pays.
« Bloquer tout le pays », « la grève générale », c’est ce qui monte de plus en plus d’en bas. Balayer les institutions de la cinquième république et de l’union européenne- institutions de la bourgeoisie- une nécessité en haut pour donner tout le pouvoir au peuple. « Dégage ! », l’expression adressée aux dictateurs Ben Ali et Moubarak a fait rapidement le tour du monde, injonction adressée à tous les dirigeants de droite comme de gauche, complètement inféodés au capital financier. La France, quant à elle, a des traditions révolutionnaires bien ancrées : 1789-1794, 1830, 1848, 1871, 1919-1920, 1936, 1945-1947, 1953, 1968
144 ans plus tôt, voici les mesures que prit en 72 jours le premier gouvernement ouvrier de l’histoire de l’humanité, la Commune de Paris, avant qu’elle ne soit massacrée en mai 1871 par Thiers et les représentants des capitalistes, spéculateurs et privilégiés de l’époque : • Réquisition des usines dont les patrons sont incapables d’assurer la gestion. • Suppression du travail de nuit pour les catégories qui y sont soumises. • Réquisition des logements vacants pour les ouvriers sans logement. • Remise de l’ensemble des loyers en retard. • Abolition des amendes imposées aux travailleurs. • Établissement de l’instruction publique laïque. • Expulsion des congrégations religieuses de l’école et séparation de l’église et de l’État. • Adoption d’un décret limitant à 8 heures la journée de travail. • Garantie légale de l’égalité juridique des femmes et des hommes. • Obligation que tous les élus, sans exception, y compris les plus élevés, touchent au maximum le salaire d’un ouvrier. • Abolition de l’armée permanente.
L’immense mérite de la Commune de Paris c’est justement son existence et son gouvernement pour satisfaire les seuls intérêts populaires, c’est d’avoir montré aux yeux du monde entier qu’un gouvernement ouvrier était possible, ce que confirmera la révolution russe dirigée par Lénine et Trotsky en donnant « tout le pouvoir aux soviets », avant d’être trahie puis assassinée par le stalinisme.
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